Association TDAH elpos Suisse

«Le TDAH n'est pas un ennemi à vaincre…

Retour d'expérience d'un coach personnellement concerné | Reto Hurt

… mais un système qui demande d'être compris ».

Il m'a fallu de nombreuses années pour vraiment intégrer ça. Aujourd'hui, je sais que si je ne surcharge pas mon cerveau, mais que je le soutiens, il fonctionne étonnamment bien.

Je vis avec un TDAH, et je coache avec un TDAH. Bon nombre de mes stratégies sont nées au quotidien, à partir de moments où je me suis dit : « Ça ne fonctionne tout simplement pas comme ça. » J'en ai développé des principes que je transmets aujourd'hui aussi aux autres. Parfois, ma tête est un feu d'artifice, trop d'idées, mais trop peu de temps. De petites imprécisions ou des tâches laissées en suspens font rapidement vriller mon système nerveux, mon corps réagit par de l'agitation, de la tension ou une impuissance intérieure.
Dans ces moments-là, une seule solution : m'arrêter, respirer et trier. J'ai appris que mon cerveau n'est pas défectueux, il a juste besoin de conditions différentes pour bien fonctionner.

Rendre visible ce qui tourne autrement en boucle dans la tête

J'écris presque tout, non pas parce que je l'oublierais autrement, mais plutôt pour soulager mon cerveau. Mon outil préféré est mon Rocketbook. Il ressemble à un carnet, mais peut être entièrement effacé avec une patte. Ainsi, je peux librement coucher mes idées sur le papier, visualiser les liens et recommencer à tout moment sans que des piles de papier ne s'accumulent. Je conceptualise mes pensées sous forme de réseaux et de connexions, jamais en listes. Cela me permet de voir d'un coup d'œil comment les thèmes sont liés, et mon esprit s'apaise.

Le mouvement comme outil de régulation…

J'engage activement mon corps en fonction de mon niveau d'excitation. Quand ma tête est trop agitée, je cherche un équilibre au niveau corporel, bain de glace, sauna infrarouge, tapis à clous, sprints et marches ou musculation à la maison. J'utilise consciemment cette interaction entre l'effervescence dans ma tête et le calme dans mon corps, ça régule mon système nerveux bien mieux que n'importe quelle liste de choses à faire. Au fil des années, j'ai essayé beaucoup de choses, depuis la pleine conscience jusqu'au biohacking. Au bout d'un moment, j'ai compris comment mon corps et ma tête interagissaient. Depuis que je prends cela au sérieux, les hivers sont plus doux et mon niveau d'énergie reste plus stable.

… et comme une structure qui respire

J'ai besoin de structure, mais elle doit rester flexible. Je ne planifie pas toute ma journée, simplement les points de départ : quand est-ce que je commence quoi ? Le reste peut évoluer. Les zones tampons sont obligatoires. Je prévois toujours une « taxe TDAH », ce sont les minutes qui se perdent inévitablement parce que je cherche quelque chose, j'oublie ou je m'évade. En les intégrant, je reste plus serein.

Se traiter avec bienveillance

Autrefois, je me mettais constamment la pression. Aujourd'hui, je sais à quel point le stress bloque ma façon de penser et d'agir, surtout lorsque des attentes externes pèsent sur moi. J'apprends à me parler comme je parlerais aux autres, honnêtement, mais avec bienveillance. Si quelque chose ne fonctionne pas, je me demande : qu'est-ce qui n'a pas fonctionné aujourd'hui, et qu'est-ce que je peux essayer de faire différemment demain ? Ma pensée en réseau et ma perception fine m'aident à reconnaître les schémas, les humeurs et les liens avant que quiconque ne les verbalise. Ainsi, je peux rejoindre les gens là où ils en sont. Dans mon coaching, cela signifie que je sens souvent là où quelqu'un est bloqué avant même qu'il ne puisse le nommer lui-même, et on peut commencer précisément à cet endroit.

Le TDAH signifie pour moi aujourd'hui aussi être créatif, sensible et adaptable. Ma pensée rapide et interconnectée est devenue un outil que j'aime transmettre afin que d'autres comprennent mieux leur propre système. Mon accompagnement ne consiste pas à changer les gens, mais à leur montrer comment mieux se comprendre eux-mêmes. Pour moi, le développement signifie trouver ensemble ce qui fonctionne vraiment et rendre le quotidien plus agréable étape par étape. Chaque personne a sa propre carte cognitive, l'art réside dans la capacité à la lire. Si vous vous reconnaissez dans beaucoup de ces points, considérez cela comme un signe que vous vous connaissez mieux que vous ne le pensez. Il existe des voies qui s'adaptent à votre système, plutôt que l'inverse. Et parfois, le changement commence simplement par trouver son propre rythme.

Reto Hurt, titulaire d'un Bachelor of Arts en pédagogie (Danemark), est coach, enseignant spécialisé et fondateur de Reto Hurt Coaching.
Il ne conçoit pas le TDAH comme un trouble, mais comme une invitation à mieux connaître sa propre psyché. Après de nombreuses années dans des écoles spécialisées et son propre diagnostic à 35 ans, il combine son expérience pédagogique avec son vécu. Sa force réside dans sa capacité à rendre les relations complexes compréhensibles et à montrer aux gens comment travailler avec leur système, au lieu de lutter contre lui.

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